En 1427-2006
Sur tous les documents officiels et pièces de monnaies se côtoient année musulmane et année grégorienne. Un contraste qui nous amuse, nous occidentaux pour qui il n’existe qu’un seul référentiel de temps… Mais en découvrant petit à petit le Maroc au fil de la vie à Essaouira et de nos visites chez les berbères des campagnes on entrevoit les contrastes plus réels de la vie quotidienne.
1427-2006 : c’est la famille de 10 dormant à même le sol , à plusieurs kilomètres d’une route carrossable et qui faute de moyens n’a pas l’électricité et cuisine au feu de bois mais où la sonnerie du portable réveille les enfants et le chevreau assoupis au salon.
C’est aussi l’homme sur son âne, la 505 pleine de 10 personnes et la nouvelle Renault Logan garés côte à côte sur le parking du marché. C’est aussi le tailleur qui coud à la main parce qu’il ne sait pas se servir d’une machine qui coûte trop cher et sa fille qui ouvre un blog pour mettre des photos de Britney Spears et chatter sur Internet… Et toujours partout comme un gigantesque trait d’union dans ce pays de différences, naissent le même sourire et la même hospitalité sans cesse renouvelés. 
Avec Florian et Fanny nous sommes partis rendre visite à la famille berbère de Rico. Saïdoun et Fatma vivent avec leurs deux enfants Icham et Zahra dans les montagnes au bord de mer près d’Iftane. Une dizaine de kilomètre de piste en partie défoncée mène au village. Leur maison typique se compose d’un bâtiment carré blanc avec une cour au milieu.
L’entrée réservée aux bêtes est surmontée d’un étage avec de petites pièces. Le matin on déjeune de pain cuit au feu qu’on trempe en petits morceaux dans du miel, de l’huile d’olive ou du beurre rance le tout accompagné de thé à la menthe très sucré. A midi on mange souvent un Tajine de légumes (patates, petits pois, tomates, oignons avec parfois un bout de viande ou de gras pour le goût), le chef de famille coupe et distribue le pain et après un « Bismilah » général on mange tous dans le plat avec la main droite.
C’est bon et c’est convivial. En fin d’après –midi on se refait thé-pain-miel-huile et le soir rebelote sur le Tajine. La famille entière vérifie scrupuleusement que nous ingurgitons beaucoup de nourriture et tout manquement est sanctionné par un « koul, koul ! » (mange, mange !) assorti d’une double ration de pain. Parfois c’est dur d’être à la hauteur… Pour éliminer nous galopons dans la montagne et sur la côte au milieu des champs d’orge et des fleurs que les pluies récentes ont fait naître de ces terres arides.
Les jours s’écoulent doucement sous le contrôle attentif de la famille dont les habitudes et usages de groupe peuvent parfois être oppressants pour nous européens individualistes. Un soir, le fils Icham, rentre à la maison après avoir ramené les moutons. Il semble avoir mal quelque part et commence à se faire un garrot au poignet. Il sort un bout de lame de scie égoïne et veut se tailler le poignet. Nous l’arrêtons et regardons de plus prêt, il dit être tombé et s’être fait piquer par quelque chose.
A son poignet qui enfle apparaissent deux petits points. Nous pensons tout de suite une morsure de serpent et là nous comprenons qu’il va falloir agir vite. Premier réflexe sortir les beaux téléphones portables mais qui appeler ? personne ! Je précise que personne ne parle français dans la famille et dans le village . Bon on allonge le blessé qui vire au vert et transpire beaucoup. La mère arrive avec le butagaz et laisse filer le gaz en pleine pièce, on stoppe tout avant explosion ! Le père pleure, la moitié du village déboule et les femmes piaillent. Nous décidons qu’il faut aller à l’hôpital à Essaouira, on dégotte une R12 qui nous emmène à fond la caisse sur la piste. Les kilomètres sont très très longs, bientôt l’enfant ne peu plus bouger la main, son cœur s’affole. A l’avant je sers les dents devant l’accident de bagnole possible et tente de me remémorer les techniques de premiers secours. Loïc l’empêche de s’endormir. Et puis on arrive à l’hosto où je hurle dans les couloirs pour trouver quelqu’un, on embarque le petit et après une demi-heure on nous annonce qu’il va bien. Cela nous permet de visiter le service des soins intensifs… Et voilà l’histoire se termine bien, la famille nous béni jusqu’à l’an 3123 et nous on réfléchira à deux fois à partir en claquettes à la plage…
Fanny et Florian restés à la maison se retrouvent un peu seuls au milieu des dizaines de villageois venus aux nouvelles, immersion totale dans la vie de Berbère c’est un beau souvenir de vacances non ?
Après quelques jours de repos au bateau, Fanny et Florian repartent vers leurs vies en France, nous les regardons partir heureux de ces jours partagés et nous replongeons dans nos vies.
Là nous revenons de deux jours dans une autre famille sympathique. L’écran de l’appareil photo qui permet voir les clichés de suite plaît beaucoup et toute la famille a voulu se faire prendre en photo (voir album « février »). Ils nous ont donc laissé des souvenirs impérissables ainsi que des puces que nous avons du éradiquer avant d’infester le bateau !!
Ce gros hippie de Kala nag a maintenant des cheveux sous la coque, alors on l’appelle « Kala nalgue » ! Il va falloir songer à reprendre la mer…






