Debout à l’étrave j’entame mon premier quart. La nuit a fait disparaître l’horizon, le ciel et mer se confondent parfaitement. Autour de moi bruisse l’air tiède et humide du tropique enfin trouvé.
Sur ma tête, les étoiles s’assemblent en constellations. Quelques unes récemment décryptées sont devenues des amies. Le bon chien et son gros œil brillant qui s’appelle Mirzia (z’avez pas vu Mirza ?) veille à côté d’Orion avec sa massue et son arc, le taureau et ses longues cornes traîne dans un coin, les jumeaux et leurs deux têtes scintillent, la croix du sud ouvre la route.
Sous mes pieds, Kala nag file doucement sous voilure réduite pour ne pas arriver trop tôt dans la passe du fleuve Casamance. L’eau contient ce soir plus d’étoiles que le ciel tout entier. Il semble que toutes les créatures se soient donné rendez-vous pour scintiller dans l’eau noire. Chaque mouvement avive les phosphorescences et le bateau déploie de part et d’autre de longs pétales de lumière. Les petits poissons effrayés sautent en étincelles et les gros attirés foncent en tourbillons sous la carène. Des masses lumineuses émergent parfois soudainement, se répercutent en onde choc et créent alors des lacs de lumière de plusieurs dizaines de mètres, ça éclaire même les voiles. C’est beau, c’est indescriptible, in-filmable, in-photografiable, c’est insupportable de voir ces cinq énormes chalutiers russes ou japonais racler les dix mètres de fond les plus riches de la terre sans vergogne en plein printemps.
La journée n’est pas mal non plus, allongés dans le cockpit sous le soleil avec un bon bouquin. Des centaines de méduses défilent autour de nous, elles sont roses et bleues à voile, blanches petites ou grosses… L’océan nous offre des moments inoubliables, pas de houle, juste une brise, on aimerait que ça dure toujours, que la Casamance recule au fur et à mesure que le temps se maintient. 
Après deux nuits en mer nous embouquons la passe et retrouvons Coriana venue nous escorter dans son jardin favori : la Casmance. Là aussi c’est l’émerveillement complet : les premiers bolons, palmiers et baobabs, les oiseaux, les palétuviers aux racines chargées d’huîtres (miam !), les petites plages blanches et l’eau brune verte des estuaires. Première à gauche, on traverse pour éviter un banc de sable, on file vent arrière avec la montante et hop l’ancre tombe : c’est Cachouane.
De la rive les Kassoumaye fusent (« ça va ? » en Diola) et les amis heureux de retrouver Coriana viennent avec les djeumbés chanter pour nous accueillir, la moitié des gens danse dans l’eau (elle est à 27°C…) et une pirogue file nous chercher. Petit moment surréaliste, on se croit tombés en plein tournage de film ou de reportage National Georaphic…
Le tourbillon terrestre s’amorce à nouveau, on rencontre un nouveau peuple, on retrouve des voiliers connus, c’est Pâques à Cachouane. Le lendemain une messe incroyable fini en musique avec la bonne sœur et le curé qui ondulent au son des tams tams et de la chorale. Pour voir la super vidéo sur le site de Coriana, cliquez là ! Guillaume et Charlotte venus de France passer leurs vacances à bord arrivent juste à point après un jeu de piste « avion, aéroport de Dakar, nuit au CVD, avion, aéroport de Ziguinchor, taxi brousse qui tombe en rade, Elinkine, pirogue puis Cachouane ». 
La fête monte d’un ton, le bounouk (vin de palme) coule à flot, les villageois sont tout bonnement excellents. Les anciens nous couvent, on danse et puis nous sommes conviés à partager le cochon de Pâques (meilleur que le lapin) et le riz. On mange tous ensemble dans de grands plats, on plonge les doigts et on saisit un bon bout de gras enveloppé de riz cultivé au village. Un délice !!! On mange longtemps et beaucoup et on cause, à l’ombre des cocotiers. Ensuite on danse, on redanse jusqu’à plus possible. Quel accueil ! 
Les nuits paraissent trop longues et les journées trop courtes. On pose le filet de pêche (pour l’instant c’est bredouille), on essaie l’annexe (un bijou flottant), on change de bolon à cinq bateaux pour s’enfoncer plus en avant. Coriana, qui n’a pas de quille fait la route et prévient des zones ensablées sur la VHF, le message passe de voilier à voilier pour finir chez « Lili » les copains belges et leur 2,40 mètres de tirant d’eau.
On mouille au fin fond dans 3 mètres d’eau au pied d’un campement (auberges locales) magnifique et de sa petite plage de sable clair. Les sentiers mènent à d’autres bolons, on goûte de nouveaux fruits en marchant, des tas d’oiseaux s’envolent devant nous ; Il fait beau, nous sommes pleins d’amis dans un pays merveilleux, le bonheur est là. Demain on part en annexe, à pied puis en taxi brousse pour aller à la ville du Cap Skiring vous envoyer des nouvelles et faire quelques courses puis nous retournerons nous perdre dans les méandres affectueux du fleuve et de ses habitants.
Guigui dit : « D’accord… la vie est dure. Mais avec du soleil (indice UV max), de la crème (à 10 dollars le flaconnoux) et quelques cloques (qui finissent toujours en bronzage), elle se ramollit bien bien bien. »









