Comment nous avons rencontré Jeanne d’Arc
Tout d’abord nous tenons à apporter une précision historique : Jeanne d’arc n’est pas morte, elle a la peau noire, plein d’enfants, elle parle même pas français et elle fait pousser de l’herbe alors corrigez vos encyclopédies. Grâce à Kala nag voyagez instruits !
Il avait fallu un jour et demi pour arriver là bas, à la queue le leu. En tête, Ronan et Katell sur Coriana prête à remonter sa quille au cas où. Derrière, Kala nag et son mètre quatre-vingt de fonte pas relevable qui traîne sous l’eau à la recherche des bancs de sable.
Nous avions d’abord longuement remonté un large bolon nommé Diouloulou pour ensuite bifurquer dans un de ses nombreux petits frères. Nous avions dû nous arrêter au détour d’un virage et partir en annexe pour sonder les fonds avant de trouver un passage pour notre fonte.
On prenait des repères : par ici la branche morte, par là le petit toupet de feuilles qui dépasse, enfin bon, sonde à la main nous étions les rois du pétrole. Une fois remontés à bord du gros, nous avons suivi le chemin trouvé mais la quille a tout de même du faire son chemin dans la vase pour passer, après un bon coup de moteur l’éléphant fût sauvé de l’enlisement.
Nous avions mouillé près d’îles, pour dormir en plein cœur de la mangrove avec ses bruits d’oiseaux et de clapotis entre les racines ; Au fin fond de la nature complètement sauvage.
Arrivés à destination et bien ancrés dans un moyen bolon nous décidons de partir en annexe à la recherche d’un endroit pour débarquer et rejoindre un village marqué sur nos cartes. Pas si simple : la mangrove interdit tout débarquement, les ramifications des petits bolons ne sont pas sur nos cartes et les « débarcadères » sont durs à distinguer du fouillis végétal. Nous sommes partis explorer, des femmes nous ont indiqué une voie, nous nous sommes retrouvés dans un bolon à peine plus large que l’annexe, à la machette dans les racines, finalement nous avons rebroussé chemin, essayé une autre voie, puis encore une autre, finalement on décide de laisser tomber et de manger un morceau sur l’eau. Katell perçoit cependant la trace d’une coupe récente de la mangrove et suggère de continuer, et là au détour du méandre se trouve un petit atterrissement fait de coquilles vides, on accoste et bientôt un homme s’avance sur le chemin. Bonjour ! bonjour ! ça va Il est aussi étonné que nous de nous trouver là. On lui demande notre chemin et il dit qu’il est du village que nous cherchons mais que c’est loin. Il se nomme Philippe et tout de suite on accroche. Il nous guide jusqu’à son campement de brousse : un endroit tout simplement idyllique où l’attends sa femme assise sous le toit de palmes avec le repas tout chaud.
On fait les présentations et je demande à sa femme :
-comment tu t’appelles ?
-zanedark et toi ?
-comment ?
-Elle s’appelle Jeanne d’arc ! me dit Katell.
Tout le monde rit de la joie de cette rencontre. Au milieu de la brousse vit donc Jeanne d’arc.
-Venez manger, vite c’est chaud. Nous sommes si heureux de rencontrer des étrangers, il y en a si peu. Racontez moi. Vous venez d’où, comment ?
On sort la salade du pique-nique et nous voilà partageant le repas comme si nous nous connaissions depuis toujours. Sa femme ne parle pas français mais Philippe très attentionné lui traduit tout en diola. Ils sont très curieux de notre mode de vie. Jeanne d’arc, porte leur fille de deux semaines, Florence. On raconte les petites pilules que nous prenons Katell et moi pour ne pas avoir d’enfants tout de suite, on raconte la machine à laver, la folie du lave-vaisselle et autres appareils qui dans ces circonstances nous paraissent plus dingues et inutiles que jamais ! Philippe et Jeanne d’arc, comme tous les gens de leur village, vivent presque seulement de ce que la nature leur permet de récolter ou de cultiver. Ils vivent comme les français il ya très longtemps et pourtant la petite radio perchée sur le toit de palme débite les nouvelles du monde. RFI est là apportant une ouverture et de la culture, polluant la brousse de ses Ségo-Sarko.
Nous sommes assis dans un champ d’herbe (celle qui fait rire, il y a aussi d’autres fruits et légumes, le tout arrosés par des puits peu profonds qui sont en fait de simples tranchées dans le sable.
Nous ne nous quittons plus et durant deux jours nous passerons tout notre temps ensemble à marcher, visiter, parler, échanger, comprendre et c’est avec hâte de les retrouver que nous les quittons cette fois ci. Les rendez-vous sont pris dans l’agenda imaginaire de nos vagabondages nautiques. Nous reviendrons et nous partirons à pied visiter plus loin avec Phillippe.
De retour à Elinkine nous récupérons Arnaud Vézian pour une semaine entre Egueye et cachouane, pêche au filet, expéditions en annexe, siestes monumentales, bonnes bouffes et pour conclure une bonne grosse fête au cap skirring ! que du bonheur !











