Voyage en RIM

Au bout du Royaume, bien loin après Dahkla, il y a la porte de sortie du Maroc. Au milieu de rien, du sable et du vent, commence le grand manège.
Police pour les passeports, douanes pour la bagnole avec en bonus la petite fouille :
- C’est un filet de pêche ? Vous avez l’autorisation ?
Autorisation de qui, de quoi et pour où, nous ne saurons pas mais nous opinons tous les trois du chef.
- Oui ms’ieu!
- Et ça ?
- Pièces de bateau
- Vous êtes des marins ?
- Oui ms’ieu
- Circulez.

Un tour à la Gendarmerie Royale, un tour chez les militaires et la barrière se lève sur le no man’s land ou grand-jeu-de-piste-pour-toubabs. La règle est simple : on lâche le touriste en mal de sensations (normal vu qu’il n’y a que du goudron entre la France et cet endroit) sur une piste dégeulasse qui se ramifie sans panneaux. Les carcasses de voitures accidentées agrémentent le tout. Le touriste, fin limier se prend très vite au jeu et tente une option. En pleine jubilation, il s’enlise comme prévu et comme un con dans le sable. Il creuse, transpire, s’essouffle à creuser (au pire il crame son moteur). Alors que le désespoir l’atteint, trois hommes du désert surgissent amicaux.
- Ci pas compliqué. Ti nous payes tous les trois et dans cinq minoute la voitire elle est dihors.Ah tiens, vous comprendrez aisément pourquoi il n’y a ni panneaux ni goudron…
Grâce aux conseils du Dr Miglo nous ne sommes pas fait avoir mais avons aidé trois types à se sortir de là sans rançon.
Ensuite le jeu se poursuit cahin-caha : ne pas éclater ses pneus, ne pas percer son carter d’huile.

Au bout c’est la porte vers la Mauritanie, changement radical d’ambiance, ça y est nous sommes arrivés en Afrique. La police :
- Passeports. Bien. Et mon cadeau ?
- Quel cadeau ?
- Vous voyez, un cadeau et vous êtes repartis.
Message reçu cinq sur cinq, nous nous délestons d’un paquet de thé et d’un de clopes.
Ca continue avec 10€ de visa par personne, 10€ pour les douanes, 10€ d’assurance obligatoire. On échappe au petit cadeau. Du change, un tour en chameau tout il est possible. L’ambiance est bizarre, les autorités sont dans des bicoques de tôles pourries.
Nous repartons sans embrouilles (un type à dû lâcher 20€ d’amende pour le cubi de vin qu’il avait à bord) et passons les trois barrages de flics supplémentaires avant d’arriver à Nouadhibou.
La ville est assez destroy mais n’empêche que c’est là qu’il y a le plus de Mercedes au mètre carré. Nous croisons des files de Rino 21 Nevada. Très vite on nous suit pour nous l’acheter.


L’auberge ABBA nous permet de passer la nuit confortablement en faisant quelques rencontres sympas. Nous mangeons notre premier « Thieboudien » dans un bouiboui sénégalais.
Nous apprenons aussi qu’il n’existe pas de distributeur de billet en Mauritanie. Dommage pour nous, on a plus de liquide (nous trouverons heureusement une solution à Nouakchott avec une française grâce au chéquier).
Le lendemain nous partons vers le sud.

C’est incroyable la taille de ce désert. Il commence à faire assez chaud et le vent balaye le sable qui file sur la route. Cette route c’est du billard ! (cette expression est emprunté au sieur Cizia Zyke auteur entre autre de « Sahara », un livre pas piqué des vers dont nous ne saurions que vous recommander la lecture. Âmes sensibles s’abstenir).

A 240 km de Nouadhibou, au beau milieu du beau désert, se trouve une station service-resto-épicerie flambant neuve. Le spectacle est assez incongru, des cars entiers de touristes polonais s’y sont arrêtés et déambulent.
Le patron de la station arrive vers nous. Je lui demande où il trouve son eau pour l’installation. Il me montre le forage fait plus loin à 250m sous le sable et son château d’eau. Emballé, il m’entraîne visiter une espèce de salle de bain de Hilton en faux marbre bleu et ouvre tous les robinets.
- Rigarde ma soeur, il y a la brission partout et elle est milleure que l’eau de minérale.
Je goûte, c’est vrai elle est bonne l’eau du Sahara.
- Et c’est quoi tout ces cars de touristes ?
- Ti sais, ma soeur, il yen a deux race mauvaises : li russes et li chinois. Si ils viennent dans un pays après tu vas trouver li mendiants partout.
- mmm…?
- Oui, ils sont des radins, ils achètent rien.
- Et ils vont où ces polonais ?
- Aïïïïeeee, hier j’ai mangé la tête di mouton. Juste un ptit bout. Une heure après, j’y trouvé une diahrrée iiiiiigue (aïgue). Alors rigarde, ji mange l’Aspegic mille.
- Faut plutôt manger du Smecta.
- Ah non j’arrête la viande. Ci fini.
Sur ce, arrive la mercade bleu nuit de deux français croisés auparavant. A leur vue le patron se fend la poire avec nous. Il faut dire qu’ils sont étonnamment déguisés en Mauritaniens, djellaba et turban pour Monsieur, Madame est voilée.
Nous les saluons mais lors du serrage de pince Madame ne tend pas la main à Loïc.
- Ah non les femmes ne serrent pas la main aux hommes en Mauritanie.Finalement c’est un peu plus qu’un déguisement.
Après s’en être payé une bonne tranche, nous repartons pour arriver tranquillement à Nouakchott après cinq heures de route et neuf barrages de flics.

Au fait RIM ça veut dire : République Islamique de Mauritanie.
Télégramme de dernière minute de nos envoyés spéciaux en Martinique : il semblerait qu’un individu armé de la fabuleuse RAKETAMOUSTIK soit en passe d’éradiquer la dengue à lui tout seul outre-atlantique. Dr Miglo ce sont des résultats prometteurs. Ce soir on va faire un malheur sur les stikmou de RIM.

































