La moustiquaire plantée aux abords d’un village, les yeux dans les étoiles, bercés par les bruissements de la nuit, vous vous endormez paisiblement en oubliant de mettre le réveil pour demain matin. Pas de problème, la nature se charge de tout : aux premières lueurs du jour, tout ce qui possède la faculté de faire du bruit va se mettre à brailler à qui mieux mieux. Un coq rompt d’abord le silence, suivi d’un autre et encore un autre. Et puis c’est concert général : ça caquète, ça cuicuite, ça glousse, ça bêle, meugle, piaille, criquette et grigritte, ça grogne, ça braie, miaoute, aboie et cocoricotte. A la mosquée le muezzin complète la fanfare en chantant la grandeur divine dans son mégaphone. Finalement, le dernier à se lever c’est le soleil (et puis nous parce qu’on reste à écouter au lit). Il point, il grossit, les animaux s’apaisent alors pour commencer, avec les hommes, une nouvelle journée.

Grâce à cet efficace réveil matin nous arrivons à l’heure pour visiter Djénné et sa très belle architecture de Banco. Pour l’occasion titinne a même traversé un bras du fleuve Niger. Pas peu fière la titinne !


La ouare 21 prend donc vaillamment la piste pour nous déposer sans failles au pied de la falaise de Bandiagara.

Durant les quatre jours suivants nous découvrons les villages au fil de la marche. Les greniers à grains (mil, sorgho) sont de petites cases sur pilotis, celles des femmes sont dites greniers femelles et n’ont qu’une fenêtre. L’intérieur est compartimenté en 4 casiers au centre desquels se trouve une potiche servant à garder les bijoux et autres valeurs. Les greniers mâles ont trois fenêtres et ne sont pas compartimentés.

D’autres cases appelées les « Togona » sont faites d’un toit très bas soutenu par des piles de pierres. Les hommes y viennent discuter et régler les conflits du village, la bassesse du toit empêchant quiconque de se lever brusquement pour en venir aux mains. 
La falaise héberge les vestiges des anciens villages. Les prédécesseurs des Dogons, les Tellems y avaient bâti des habitations de banko (torchis) semi troglodytiques et accessibles seulement par des cordes. Les dogons avaient quant à eux choisi des zones accessible à pied. Ils ont abandonnés ces villages pour s’installer dans la plaine ou sur le plateau quand la menace des grands fauves et des éléphants a disparu.




Nous marchons le matin tôt puis nous nous arrêtons déjeuner dans les campements (auberges pour touristes) pour continuer vers 16h quand la chaleur tombe un peu. Les paysages et les villages sont superbes et notre guide très sympa. Nous apprenons la belotte locale et tentons de mettre une tannée à nos divers partenaires rencontrés dans les campements (Mathias : statistiquement j’ai gagné !). Les villages sont un peu tous en fête car les habitants sont soit animistes, musulmans ou chrétiens et célèbrent ensemble les dates des uns et des autres. Il y a eu « Tabaski », la fête du mouton musulmane ou chaque père de famille égorge un ovin par épouse après la grande prière du matin.

Le chemin nous mène en haut de la falaise dans les villages du plateau, là on prépare noël et nous nous retrouvons à suivre les Dogons en liesse qui défilent dans chaque cour de maison avec tambours et vieilles pétoires chargées à la poudre de leur fabrication (d’ailleurs certains chassent avec !). Ca pète avec un éclair de feu dans un gros nuage de fumée et les gamins se bouchent les oreilles. Tout ça fini sur la place du village où tout le monde danse.


Abel qui tient le campement nous cuisine un bon « tauw », plat de mil et de sauce. Pendant la nuit l’harmattan se lève et nous recouvre de poussière. Le lendemain nous redescendons dans la plaine en passant par une faille où il faut passer par des échelles de bois au dessus de vides impressionnants. C’est beau !

Nous terminons notre séjour ravis. Même si le pays Dogon est devenu très touristique à certaines périodes et si certains villages sont devenus trop marchands, cela reste une visite inoubliable. Il faut rester vigilant et discret pour ne pas gêner les populations. Et puis si les enfants vous harcèlent toute la journée par des « ça va, bonbons, ça va bouteille, bonjour chemise, ça va bic, bonjour chemise et donne moi cent francs » c’est parce qu’il y a des abrutis qui leur en donnent et que je maudis. Si vous voulez faire des dons, donnez au chef du village ou aux parents mais jamais aux enfants. Quelle image peuvent-ils avoir de gens qui leur donnent régulièrement des choses que leur père ne peut pas ? La population désapprouve mais se retrouve impuissante devant le bon touriste blanc qui fait sa distribution.
Fin du coup de gueule.

Nous reprenons la route la tête pleine de dogoneries et de leurs histoires animistes. Nous avons trois places de libres et prenons régulièrement des passagers. Les gens font de gros yeux ronds en voyant que ce sont des toubabs qui s’arrêtent mais sont ravis de monter et voyager gratis. Une fois nous avons pris un vieux monsieur qui était chef de son village et attendait depuis plusieurs heures un véhicule, les quelques villageois qui l’accompagnait on applaudit quand il est monté. Les discussions sont sympas, certains ont été en France, on sort le plan de Paris et ils se remémorent les endroits visités. Souvent expulsés car sans papiers ils ne sont pas prêts d’y retourner. Notre nouveau président a une très mauvaise image en Afrique et nous répétons inlassablement que nous n’avons pas voté pour lui. Certains africains le traitent de dictateur. Un français marié à une sénégalaise nous affirme que leur fille née en France n’a pas droit à la nationalité française si une enquête révèle que lui n’est pas français à deux générations. Au Sénégal on ressentait parfois une ambiance vengeresse des autorités envers les ressortissants de Sarkoland. Un ami a pris 15 jours de prison locale (…) et 1500€ d’amende parce qui lui manquait un papier pour son bateau. On entend parler de l’instauration d’un visa pour les français au Sénégal. Ben oui, y a pas de raison, puisque on met les bâtons dans les roues aux étrangers en France pourquoi pourrions-nous circuler librement au Sénégal ?

Au bout d’une route à moitié fracassée nous arrivons à Bobo-dioulasso au Burkina faso. Nous y retrouvons Mayo rencontrée sur la route en Mauritanie et son copain Seydou. C’est noël à Bobo, grosse fête dans la rue avec concerts de musique traditionnelle. On chante petit papa Noël mais la neige ne tombe pas, et puis zut on a oublié de se faire des cadeaux ! Il fait 30°C, un plat de poulet grillé aux poivrons pris en terrasse remplace la dinde au coin du feu. Pour finir on part danser du zouk et du coupé-décalé dans un bar en plein air. Il fait bon, les coups de fil à nos familles nous on réchauffé le cœur.

Pour nous le divin enfant fêté ce soir c’est Camille, le fils de Guillaume et Charlotte tout juste né. Santé ! Félicitations les amis ! Alors joyeuses fêtes à tous et à toutes et bons baisers du Burkina !

Juste un mot de plus pour dire que nous avons été très touchés par les évenements survenus en Mauritanie 15 jours après notre passage. Attention à vous qui voyagez, plus d’info sur CE LIEN.






