Beau voyage et mauvaise pioche


De Nouakchott à Cachouane, nous avons un peu perdu le fil de la toile, faute de cybers et faute de temps.
Et puis entre temps il nous est arrivé quelques imprévus mais lisez plutôt…
A Nouakchott, nous avons passé notre temps à courir les ambassades. Un jour ferié menaçait de nous faire passer trois jour dans cette capitale peu agréable. Sécurité nationale de la Mauritanie pour prolonger les visas de 72h pris à la frontière et ambassade du Mali pour notre prochain passage. Armés de la plus grande motivation nous avons réussi le marathon en une journée et sans Bakchich. Ambiance un peu tendue en Mauritanie : les autorités sont peu courtoises et armées jusqu’au dents.

Les nuits en auberges amènent à des rencontres improbables et nous faisons ainsi la connaissance de Saly et Michel, une Burkinabé géante et son mari français cascadeur à la retraite ainsi que de Nicolas et son père partis en fourgon. Les soirées sont animées par une bonne partie de carte (le kem’s fait fureur avec les locaux) et tôt le matin nous avons repris la route.

De Nouakchott à Kiffa (sur la route vers le Mali), c’est la fin du Sahara et le début du Sahel. Au fil des kilomètres, la végétation s’installe pour devenir une savane. Les paysages sont sublimes. Après avoir traversé cette immense étendue de sable, l’œil se réjouit de la moindre verdure. C’est la région des grands troupeaux de bétail et le conducteur doit être vigilant car dromadaires, ânes, chèvres, moutons et vaches traversent sans cesse la route. Heureusement, cette dernière est droite et permet de voir le bétail de loin. Sur le bas côté, les innombrables carcasses de véhicules et de bêtes en décomposition témoignent de l’intérêt à ne pas conduire ni trop vite ni de nuit.


A Kiffa, l’auberge « Phare du désert » offre une bonne halte. La vie est sensiblement plus chère en Mauritanie et les commerçants sont de plus âpres négociateurs. Il nous faut débourser entre 5 et 7€ par personne pour planter la tente… Le lendemain nous prenons la route tôt en direction du Mali. Les paysages continuent de nous surprendre. C’est sauvage à 200 pourcent et sur une falaise rocheuse nous aurons même la chance d’apercevoir des Damans des rochers, genre de marmotte du désert très mignonne.


Les habitants sont principalement nomades et vivent dans de grandes tentes blanches. Quelques oasis se trouvent au bord de la route et nous nous retenons pour ne pas nous y a arrêter et rester une semaine… Sur la route pas d’encombres, du bon goudron et les sempiternels contrôles de police. Le petit cadeau est sollicité mais il suffit de dire que les précédents ont tout pris pour continuer tranquilles.

Nous franchissons la frontière malienne sans soucis et arrivons à Nioro. Changement de couleur, de décor et de culture. Il y a très peu de voitures, que des mobylettes multicolores made in china. Une ambiance totalement africaine au marché et des sourires pleins les visages. La pauvreté est forte et en dînant le soir avec les locaux dans un bouiboui, nous nous retrouvons encerclés par une horde de gamins des rues qui se battrons pour les quelques plats de nouilles offerts. C’est aussi ça le voyage : se retrouver impuissant devant la misère des autres et représenter la richesse absolue. Des fois ça me donne envie de tout arrêter et de me cacher loin de ce miroir. Oui, quoi que je sois, que je dise ou que je fasse, je suis le fruit de la société occidentale et que je sois d’accord ou non avec son fonctionnement j’en ai tiré les bénéfices qui me permettent de voyager aujourd’hui. Assume !

De Nioro à Kayes, la végétation prends un degré de plus, les baobabs font leur apparition et la diversité d’espèces animales et végétales s’accroit considérablement. Les petits villages en terre battue se concentrent au bord des points d’eau.

A Kayes, nous rencontrons le fleuve Sénégal. Il génère quantité de moustiques dont nous devons impérativement nous protéger sous peine de palu… RAKETAMOUSTIK fait des malheurs et Aurélie en claque 15 dans sa tente avant d’aller au lit. L’ambiance est très étrange dans cet endroit, pas de touristes et des hôtels hors de prix. On marchande mais rien à faire. Plus tard, attablés devant un gros plat de Tieboudien de la gargote sénégalaise, on nous explique qu’il y a de l’or dans la région et que le weekend les prospecteurs et les exploitants descendent ripailler en ville, ils sont riches et prennent les prix comme ils viennent sans négocier. Du coup nous dormirons sur la terre battue de l’arrière cours de l’hôtel avec le mouton et la boîte de nuit pour compagnie, le tout pour 7,5€ chacun. Autant vous dire que nous n’avons pas fait de grasse mat’ !

Contre tout attente il y a à Kayes un distributeur automatique de billet de banque. C’est le premier depuis le Maroc, nos bouts de plastocs bleus vont enfin resservir et nous permettre de regarnir nos caisses. Ah blaireaux que nous sommes, perdus sans la VISA.

Sereins, nous prenons la route vers la frontière sénégalaise. La sortie du Mali s’effectue dans une guérite et les douaniers veulent même nous retenir à manger. Du billard ! Mais côté sénégalais, tout est parti en sucette en deux phrases. La voiture n’a pas de carnet de douane, elle a plus de cinq ans et donc nous ne pouvons pas circuler au Sénégal. On veut bien nous faire un passavant de dix jours, je veux plus de dix jours, ma langue fourche je dis le mot «installer au Sénégal» et c’est fini :
«GAME OVER»
Direction bureau des douanes. Là bas, deux cars entiers sont passés à la loupe et les passagers doivent payer de lourdes sommes pour continuer avec leur bagages entiers. C’est la cohue, nous rentrons dans le bureau, la tension monte, le remplaçant du chef me questionne, je stresse, je donne des explications confuses, coups de téléphone au chef, il veut les clefs du véhicule. Misère, nous ressortons discuter dans la cours, nous re-rentrons, le ton se fait menaçant. Ok, ok, surtout ne pas finir au gnouf ! Nous tentons de réexpliquer notre cas, nous sommes de simples touristes. Je tremble pour nos bagages. Nous sommes désemparés. A chaque minute qui passe je rêve de pouvoir rembobiner la cassette de ma vie pour refaire la scène avec le douanier. Trop tard, on nous ordonne de garer la voiture dans l’enceinte des douanes et de prendre nos affaires et de ne revenir que quatre jours plus tard au retour du chef. Nous ne sommes libres, seule la voiture est en infraction.
Finalement nous négocions le déplacement du véhicule vers un hôtel où nous déchargeons tout.

Le lendemain matin nous chargeons tout sur une 505 direction Ziguinchor. Petit aparté pour Mathias et Miguel : vous avez gagné, on a fini le voyage en 505, la 21 c’est naze ça passe pas les frontières, dans la 505 y a plus de place et puis ça passe mieux les bosses.
A cinq heure du matin, la voiture est blindée, les planches sur le toit, tout les bagages dans le coffre et sur le siège arrière. Mission : faire 700 km sans se faire taxer les bagages et sans accident. Baital, le chauffeur nous prends 200€ pour cette course un peu particulière, nous lui demandons d’être prudent, il nous fait promettre de nous taire au contrôles de police. Nous partons à l’aube et dans les premiers 50 km, nous évitons de justesse de heurter des ânes et des vaches. Je stresse. Mais (papas et mamans rassurez vous) Baital conduit bien et sûrement et nous livre au bon port de Katakalousse avec nos affaires 12 heures plus tard.



Et puis tout s’arrête…



Le ronronnement familier du hors-bord de la pirogue vient à nos oreilles et bientôt se sont les «Kassoumaye» de Papys et Ambroise qui résonnent dans le doré du coucher de soleil. Quelle joie ces retrouvailles, enfin des gens gentils dans un endroit paisible.
L’air tendre du crépuscule tropical nous enveloppe et bercés par les chants d’oiseaux et d’insectes nous retrouvons cette brousse devenue familière.

Au bout du bolong et de la nuit se trouve notre jaune bateau « Kala nag », bien sage sur son ancre.
Il ne nous reste plus qu’à libérer titine de sa prison pour être complètement arrivés et pouvoir reprendre le fil coupé de notre vie africaine.
A bientôt !










