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Les Bijagos

Posté dansLe voyage. on Jeudi, mars 20th, 2008 by Kala nag
mar 20

Et vous voilà partis pour lire une très très longue note, courage !!!
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Kala nag file, heureux, vers la grande eau bleue qui se cache derrière la passe du fleuve Casamance.
Il se sent revivre, après ces six mois d’abandon au fond du bolon. Après un long voyage en voiture, un fabuleux mariage et un sacré carénage le voici de nouveau fringant.

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Dans la passe nous sommes trois voiliers, l’un part vers le Cap Vert et nous partons avec l’autre vers la Guinée Bissau.

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Sur Goazen, il y a Guy, capitaine et président de la France de Casamance, Micha un baroudeur de passage et Issa de Cachouane. Chez nous il y a Soizic, monitrice de la colo de Kala nag, Ediangoumaye, le chaton mourant de Marie et puis nous.

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Histoire de comment le chat a aterri à bord alors qu’on en voulait pas :
Je passe à la case de Marie chercher mon sac de linge, un chaton crasseux allongé sur le flanc semble mourant.
Marie, il a quoi ton chat ?
Je sais pas, y en avait deux l’autre il est mort.
Ah bon mais il est malade ?
J’sais pas, mais il mange pas.
Le chaton se traine et fouille fébrilement le sable, visiblement affamé.
Marie, il a l’air d’avoir faim ton chat, pourquoi il mange pas ?
Oui, il mange pas parce que j’étais pas là depuis une semaine!!!!!!!!

Non d’un miaouchat, ni une ni deux je m’empare de la pauvre bête affamée et demande l’autorisation de la soigner. Et voilà comment Ediangoumaye le chat a mis les pattes à bord. Après deux jours de convalescence, il était impensable de le remettre aux mains de la terrible loi de la brousse et il est parti naviguer avec nous. Couvert de puces nous l’avons d’abord oint de pétrole, puis enfermé dans un sac plastique rempli de Baygon (la tête étant en dehors du sac je précise), nous l’avons lavé au produit vaiselle, badigeonné les pattes de Rhum, essayé de laver les tâches au White spirit mais rien n’a aussi bien marché que quelques heures de pince à épiler. Il a survécu à tous nos traitements farfelus et se porte à merveille, il pisse dans l’évacuation de cockpit et nous ronronne des trucs pendant les quarts.

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A bord c’est l’euphorie, tout le monde est content de partir faire un tour au large. Nous avons bossé comme des fous pour remettre les bateaux en service pour ce départ décidé à l’apéro une semaine auparavant. Il faut dire que les îles Bijagos nous font rêver depuis longtemps, depuis la construction même de Kalanag. Ca sent le départ pour la grande aventure : on collecte les quelques infos des rares voiliers a y avoir mis la quille, on ravitaille le bateau comme si on partait traverser l’Atlantique, on épuce le chaton pourri au max et on chope la bonne marée pour sortir du fleuve, c’est parti !!!

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Nous voici dans l’océan, la brise est portante, le bateau glisse, il fait chaud, tout le monde est fantastiquement heureux. Paresse d’un jour d’été océanique. Je voudrais que ça dure pour toujours. A 13h00, aux premiers gargouillements d’estomac, une carangue coubali vient poliment se prendre à nos leurres et fini rapidement sa vie en Carpaccio et darnes. La nuit est si douce qu’un pull suffit. De loin en loin nous appelons Goazen par VHF, tout glisse pour eux aussi.

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Après deux jours et demi nous arrivons en vu de l’archipel des Bijagos au large de la Guinée Bissau. Nous sommes émerveillés et un peu effrayés car hors des chenaux battus. Nous avons bien sûr les cartes marines et un guide anglais incomplet datant 1995 mais nous en ignorons la précision de ces informations. La navigation demande de la vigilance car aux Bijagos il y a de la roche donc des récifs, il y a des bancs de sable, beaucoup de courant et un marnage important. Nous abordons notre première île déserte avec beaucoup de circonspection, c’est là qu’être à deux navires fait du bien (en plus Goazen passe devant, il est en acier et dériveur). L’archipel est constitué de plusieurs dizaines d’îles dont la plupart sont vierges. Nous mouillons devant Poilao, îlot d’un kilomètre carré recouvert d’arbres gigantesque. Nous ne débarquerons pas car nous ne sommes pas encore en règle et ne préférons pas tester l’affabilité des autorités locales.

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Le lendemain le grand chenal nous mène vers Bubaque, la ligne de pêche en cours de démêlage se tend brusquement dans les mains de Soizic et nous remontons une carangue à plume de 9 kg. Elle est belle, c’est notre plus grosse prise de tout Kala nag. Il nous faudra une heure et demi pour venir à bout du dépiautage. La chair est rouge comme du boeuf, Soizic et moi pataugeons dans le sang et le bonheur de cette pêche miraculeuse. La tête et les chutes en carpacio nous assurent le repas de midi. Le reste, cuit en pavés à la poële, nous fait dîner à six. Les eaux sont vraiment poissonneuses, on se fait piquer un paquet de leurres, les bestiaux coupent les cables d’aciers, ouvrent les émerillons, y’a du gros, du très gros.

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La mer et les îles dans leur état naturel, n’est ce pas un trésor inestimable à notre époque ? Comme le dit un récit anglais : il est incroyable de trouver des crocos et hippopotames de mer à 40 miles au large du continent africain.
Le mouillage devant Bubaque est de toute beauté, falaises rouges luxuriantes, plages de sable blanc, eau turquoise. Coup de bol c’est Carnaval traditionnel et la petite ville est en fête pour trois jours. Les autorités aussi et ils nous racketteront patiemment de quoi payer leurs bières. Nous quittons Bubaque un peu énervés mais munis des visas d’un mois et de l’indispensable droit de navigation.

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La première partie du voyage nous mène vers les hippopotames des îles du sud. Nous rentrons dans de petits chenaux grâce à l’annexe de Guy qui part en reconnaissance munie de son sondeur à ventouse.

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Nous mouillons devant de larges bancs de vases et le débarquement n’est pas toujours facile. L’avantage des bancs c’est qu’il y a plein de coques dedans. On s’en fait des rails entiers tellement c’est bon.

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La journée c’est expédition : dans le sac de l’explorateur il y a de l’eau, du répulsif insectes, l’aspivenin, les jumelles, l’appareil photo et parfois même le GPS. A terre les mouche tsétsé (gros taons) viennent souvent nous sucer le sang. Le premier contact m’a valu un pied gonflé pendant deux jours et les suivants des bouffioles de moins en moins grosses mais qui grattent à fond. L’exploration nous a fait découvrir une cascade d’eau salée dans un petit bolong, des chemins d’hippos que nous suivons plein d’espoir, des villageois en panne de groupe électrogène le jour de la finale de la coupe d’Afrique de foot qui nous demandent de réparer.

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Bref la vie s’écoule le long des plages de sable blanc, dans la savane humide et les mangroves. Les Ibis sacrés, martin-pêcheurs pygmés, serpentaires, hérons en tout genre, pélicans et autres volatiles peuplent les îles. La peur des requins nous empêche de nous baigner et pourtant il fait très chaud…

Nous laissons tomber les hippos pour rejoindre Canahbaque. Au passage devant Bubaque les autorités locales nous foncent dessus en zodiac pour contrôler nos papiers. Inamicaux au possible, nous sommes bien contents d’être en règle. Trois chalutiers coréens viennent d’être arraisonnés pour pêche illégale. Des histoires de saisie de drogue circulent, bref il ne fait pas bon trainer à la ville. (Plus tard des histoires de saisies de drogues et autres nous déciderons à quitter le pays sans repasser par Bubaque.)
Au mouillage, houleux, devant Canahbaque nous jouons à Robinson en parcourant les immenses plages désertes. Il y a des traces fraîches de tortues venues pondre et nous passons une nuit à la belle étoile à essayer de les surprendre.

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Nous cherchons en vain des sentiers pour pénétrer à l’intérieur de la forêt mais celle ci est souvent impénétrable. Après quelques quelques kilomètres en plein cagnard nous rencontrons des pêcheurs qui nous indiquent le chemin du village. Comme souvent ils nous réclament argent et médicaments. L’un d’entre eux a les pieds bouffés et un autre une plaie dégueulasse à la main. Dans nos maigres échanges verbaux en simili-créole et langage des signes nous comprenons qu’ils ne peuvent se rendre au dispensaire pour des raisons d’interdit religieux. Lorsque nous empruntons le sentier menant au vilage nous tombons sur des guerriers aux corps scarifiés qui, peu sympathiques, veulent nous extorquer de l’argent car nous serions sur un lieu sacré interdit… Nous nous en tirons par une pirouette mais bref, quand on ne parle pas créole mieux vaut se méfier des quiproquos.

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Un matin, Issa vient au bateau, il a la tête toute enflée. C’est vrai qu’il n’avait pas l’air en forme depuis deux jours. En examinant ses dents nous voyons qu’il a une carie qui s’est infectée et qu’il a maintenant un gros absces à la gencive. Nous sommes loin de tout mais heureusement bien équipés et grâce au « Guide de la médecine à distance du  Docteur Chauve » nous trouvons confirmation du diagnostique et la marche à suivre pour le soigner en attendant son retour au Sénégal: antibio, anti-inflammatoire et paracétamol. Au bout de 24h le gaillard est de nouveau sur pied et ça fait plaisir à voir. Avec le même bouquin on a débouché le capitaine Loïc devenu sourd d’une oreille pendant la nuit à cause d’un bouchon de cérumen. En tout cas on vous conseille d’avoir ce livre à bord.
Après une quinzaine, Guy, Micha et Issa nous quittent pour rentrer au Sénégal et nous continuons seuls le voyage. Nous partons mouiller entre deux bancs de sable sur la côte de Joa Viera, petite île magnifique dont nous ferons le tour à pied. C’est encore une fois un mélange de plages et de forêt luxuriante. Claude et sa femme tiennent depuis une dizaine d’année un petit campement pour touristes sur l’île. C’est chouette de discuter avec un français établi de longue date en Guinée. Les jours passent et nos réserves de produits frais diminuent, ne restent plus que quelques agrumes. Nous sommes au mouillage mais dans la même logique qu’une traversée.

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Nous remontons ensuite un des fleuve du continent. Là encore nous passons beaucoup de temps à explorer la côte en quête de chemins et au détour d’un bolong nous rencontrons un pêcheur qui nous guide à travers un tunnel de mangrove menant enfin à la terre ferme. Ablaye et son fils nous mènent au village par un chemin sinueux sous le couvert des anacardiers (arbres qui produisent les noix de cajous).

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Le village est propret, les cases ont des tonnelles couvertes de passiflore, des décorations faites de coquillages. On nous fait assoire et tout le village déboule pour voir les trois blancs tombés du ciel. En cinq minutes tout le monde est là à nous saluer et nous poser des questions en créole, nous répondons tant bien que mal en baragouinant. Que voulons nous ? Bon euh nous balader mais ça c’est un concept de toubab, pourquoi aller se fatiguer à marcher sous le soleil quand on a pas quelques chose à y faire. Nous optons pour l’achat de riz et de fruits qui commencent à nous faire défaut. Pendant que tout le monde se disperse pour chercher des denrées. Les anciens viennent faire causette en nous offrant de la noix de Cola. Un Conakry guinéen (et donc de langue française) nous est envoyé pour facilité les échanges et nous visitons le village en sa compagnie. Un ambiance de gentillesse incroyable que nous devons malheureusuement quitter prématurement sous peine de nous retrouver avec l’annexe à sec à plusieures centine de mètre du rivage dans la boue épaisse dite ici « poto poto ».

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Nous rejoignons ensuite les îles du nord et rendons visite à Laurent propriétaire d’un campement de pêche sur une minuscule île paradisiaque. Il y a même un « magasin » de pêche et nous investissons dans un Rapala de compèt qui fait ses preuves dès la première heure en chopant un gros Barracuda.

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Nous passons nos derniers jours aux Bijagos sur Caravela et faisons enfin la balade de nos rêves dans une grande forêt de Fromagers géants.

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Et puis il est temps de retrouver la Casamance après une dernière journée barbecue et crêpes à la plage.

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Quelques dizaines d’heures de mer plus tard nous voici rentrant dans la passe du fleuve acceuillis par les dauphins. C’est chouette de rentrer en terre connue aussi.

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A peine arrivés nous repartons en balade avec Gawelle et Ghislain venus nous rendre visite pour une semaine, et puis nous voici de nouveau accompagnés par Seydou et Mayo venus du Burkina pour quinze jours. Alors c’est reparti…

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Chouette !

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