Futiles reptiles
Entre la France et le bateau, il s’opère une décélération progressive, seule garantie d’un atterrissage en douceur. Six heures d’avion à réaction, puis douze heures de Ferry entre Dakar et Ziguinchor, suivies de deux heures de taxi brousse, et une heure de pirogue nous mènent à Cachouane.

Là, la plus merveilleuse partie du voyage nous attends : traverser la presqu’île à pied (avec nos 65 kg de bagages) sur les sentiers verdoyants et une fois au bord du bolon, nous déshabiller enfin et nager doucement jusqu’au bateau. Il est là il n’a pas bougé, tout jaune et tout joli. Il ne nous reste plus qu’à grimper sur son dos pour que notre maison reprenne vie.

Du réacteur au maillot de bain, du TGV à la pirogue, de Leroy-Merlin au bolon sauvage peuplé d’oiseaux (et d’un croco pas loin du bateau parait-il), il y a un monde et tant mieux.

Parfois, le ciel monte noir et en quelques minutes le vent se déchaine pendant que l’eau écume. C’est une tornade de la saison des pluies. La dernière a poussé une rafale à 130 km/h tout de même. Impressionant mais de courte durée. La pluie froide gifle la peau et rafraichit l’atmosphère. Maintenant elle remplit aussi tout seule les cuves à eau grâce à un petit système de bâche.

Le paysage a complètement changé, l’aridité a laissé place à un monde vert et vivant, plein de nouveautés pour nous. Dans les villages tous les jeunes qui étudient normalement loin de chez eux ont passé l’été dans leur familles à cultiver les champs. Fin Septembre, tout est en ordre, le riz est repiqué et grandit dans ses casiers. Il reste donc trois semaines avant la rentrée scolaire et les villageois profitent de ce temps libre pour faire la fête. Les villages organisent des rencontres de lutte traditionnelle qui donnent lieu à de grandes sessions de danses et de cérémonies. Nous remettons le bateau en état de naviguer en un temps record et partons faire la tournée des luttes avec les copains du village Ambroise et Issa. Il y a aussi les tournois de foot, les soirées « disco » au foyer des jeunes, les retrouvailles entre bateaux, bref les journées sont chargées. Et comme la clim’ est cassée et que la chaudière s’est bloquée sur max, et ben on sue. C’est nos pores qui sont contents…




Ah ! Il faut que je vous raconte l’épique vie de Ediangoumaye dit Mimiche, feu notre chat. Oui feu, car Mimiche a trépassé alors qu’elle était en gardiennage chez Yves et Soso, des copains de la brousse. Mimiche, pour ceux qui zon raté les zautres zépizodes, petite minette sauvée d’une mort de faim certaine et embarquée à bord avait fait notre bonheuw durant tout le printemps. Malgré ses oublis odorants sur le matelas de la cabine avant, on comptait bien la retrouver.

Mais voici que le sort en décida autrement :
Chez ses nouveaux propriétaires Mimiche coulait des jours heureux entre bouffe, chasse et siestes. Ne voilà ti pas qu’une nuit, Soso entendit des bruits étranges et que le matin y avait plus de chat. Les jours passèrent et toujours pas de chat. Soso trouva des herbes aplaties, et Yves aperçevut une mangouste sur la plage. Conclusion évidente: Mimiche s’était faite bouffée par ladite mangouste. Mais conclusion hâtive car quelques temps plus tard, alarmée par des bruits étranges au poulailler Soso découvrissa un Boa de deux mètres trente entrain de s’enfournifier une poule. Même bruits de lutte silencieuse et de grattements que durant la nuit fatidique de la disparition du chat.
Je vous livre ici, en avant première, les extraits du récit poignant de Yves : …On l’a mesuré : 2 m 30.
« Je me mets à réparer le manche de la fourche dans l’intention de la lui ficher à travers la tête.
Du coin de l’oeil, à travers la cloison, je vois qu’il se retracte doucement en position de ressort (façon boa, façon zig-zag route de montagne). Il commence à avoir peur !
Quand je suis prêt, j’appelle Soso :
- Viens voir, si mon idée est bonne.
Elle arrive en passant devant la cage :
- Viens, il crache quelque chose !
Le temps de sortir de l’atelier, quand j’arrive devant l’animal, il est en train de déglutir la poule. Il a compris qu’il avait un blême. Et il a choisi de perdre son repas qui l’empêche de se dresser pour sortir par dessus le grillage. Impressionnant, dis, de voir cette poule, entière, glisser le long de son cou puis hors de sa bouche !
Je m’urge à ouvrir le couvercle de grillage pour lui transpercer la tête.
Le couvercle ne se laisse pas faire, je traîne. Et quand je réussis à planter ma fourche, j’attrape… la poule ! Il a eu le temps de zapper la tête.
Mais y a quand même une partie de la fourche qui lui bloque le ventre. Pas plantée, dis, même en insistant, impossible de lui percer quoi que ce soit. Et il glisse… en dessous de la fourche. Toi, tu penses tenir solidement l’animal et tu vois ta fourche reculer toute seule sur le corps du bestiau : il se casse… Il se lève, passe le grillage, redescend de l’autre côté. J’ai toujours la fourche qui lui bloque l’arrière.
- So, tiens-le…
Pendant qu’elle plaque de toutes ses forces l’arrière au sol, arrière qui imperturbablement continue à glisser sous la fourche. J’attrape mon bâton à casser la gueule au rats et souris, vais de l’autre côté du grillage et lui en fous un coup sur la gueule.
Son corps à continué à onduler pendant presque une heure. Il avançait tout seul poussant devant lui sa tête éclatée… Comme les poules qui courent sans tête. »
Moralité : Ce n’est pas la mangouste qui avait avalé le félin mais le boa. Une question vous pend aux lèvres, Yves et Soso ont-ils mangé le boa, bouclant ainsi les maillons de la chaîne alimentaire ? Et bien non, mais la peau du reptile trônera dignement dans leur demeure.
Ma foi, plus de chat, snif, mais c’est tout de même une belle fin romanesque pour un chat casaçais. Mimiche est morte, vive Mimiche, pouët.


Bon à part ça y fait beau, y fait fichtrement chaud et puis j’ai chopé des vers dans le pied qui creusent des galeries pas jolies et qui grattent alors je file chez le doc’ pour qu’il me soigne. Pitêtre que c’est comme des tout petits boas et qu’il va prendre une toute petite foufourche pour me les massacrer… En tout cas il paraît que ce n’est pas grave du tout, suite au prochain épisode donc !








