Houleuse tisane
Petite bande sonore propice à la lecture : 

01h23 – Considérant l’immensité chaotique de l’océan et la longueur du quart de nuit, nous décidons qu’une petite tisane ferait du bien. Je nous traine donc à la cuisine, ou du moins au plan incliné avec pluie salée par le hublot, qui sert de cuisine. L’eau chauffe, la bouilloire siffle, je verse.
Main droite dit : « T’inquiète je tiens le bol brulant ».
Main gauche dit : « Attends je remets la bouilloire à sa place ».
Et ma tête leur dit : « C’est pas raisonnable, ça va mal finir, chacune son tour »
Etonnamment c’est souvent la tête qui a raison mais qui parle en dernier.
Plof la tisane vole sur une vague scélérate. Je vous l’avais dit ! Elles n’écoutent jamais rien.
Au deuxième essai, l’opération réussi. Je récupère pieds et mains et envoie ma carcasse précédée de ladite tisane en direction de la descente. Toute cette équipe est lourde à trainer, je me sens comme un gosse qui apprend à marcher. C’est pas bien loin mais le type de la fête foraine a encore mis les montagnes russes au max.
« Qu’est ce que je fous là ? ». Euh, c’est pas le moment, mauvaise question, faut envoyer la tisane en lieu sûr avant qu’elle trempe un truc indispensable. Et puis c’est quoi cette question ? On s’en fiche tu y es alors ferme ta tête et bois ta tisane.
Je m’extrais dans le cockpit, ça mouille. Je me sens comme…
Comme quoi tiens ? Après analyse, je me sens comme une aubergine trop mûre dans une cagette qu’on secoue. Allez, vendu, c’est pas mal l’aubergine et puis la couleur me plait beaucoup. Et vous, comment vous sentez vous sous vos couettes dans vos lits immobiles ?
Ferme ta tête on t’a dit !!! Regarde plutôt les étoiles.


Après deux jours de montagnes russes, on fini par s’y habituer et recommencer à faire des trucs incroyables comme cuisiner une purée en sachet avec un bocal de bœuf carottes maison (et oh c’est dimanche quand même !).

Pendant ce temps là le bateau se prend de grosses vagues qui s’écrasent bruyamment sur la coque. Après tout ces mois de saison sèche, Kala nag a grand soif et en profite pour boire de l’eau de mer par tous les trous. Ca dégouline un peu partout là où il ne faut pas (table à carte, boitier électrique, coussins tout propres…). Ca ressemble à ça un bateau au près :


Il est trois heures du mat’, je viens de me faire un bol de bananes écrasées avec du lait, la classe. Tiens aujourd’hui, en sortant de ma couchette et de sa toile anti-roulis, je me sentais comme une valise en soute, la soute d’un taxi-brousse africain.
J’attends que le temps passe, Loïc prendra le relais à 5h00. Les quarts sont moins durs depuis que nous faisons quatre heures chacun. Je fais 17h-21h00, Loïc 21h00-01h00 et ainsi de suite. Bon il faut dire que depuis que le régulateur d’allure fonctionne nous avons plein d’électricité pour faire tourner le gros œil du radar et du coup on ne sort plus beaucoup.

Tout ce temps libre est mis à profit du sport cérébral type Sudoku, mots fléchés, lecture, somnolence et grignotage. Grignotage prémédité à l’épicerie toubab de Ziguinchor et comportant quelques produits de luxe comme les carambars. Carambars qui comme chacun sait fournissent en plus de leur magnifiquement collant caramel, une large gamme de magnifiques blagues. Citation :
« Un homme et un chien sont sur un bateau. Le chien pète, l’homme tombe à l’eau et se noie. De quelle race de chien s’agit-il ? »
Réponse en cliquant là. Ceux qui zauront pas compris n’ont qu’a aller s’acheter un paquet de Carambar.
On adore ! Du coup fini le tabou du lapin (quelle guigne j’ai écrit lapin lapin lapin sur Kala nag), mais sus au Pékinois. Ca fait belle lurette que les lapins ne grignotent plus nos coques, à moins de l’apparition d’OGM genre lapin-ester, lapin-acier ou lapin-treplaqué, nous sommes à l’abri. Je pense donc que l’ennemi numéro un actuel du marin est bel et bien le Pékinois, méfiez vous en. Vérifiez bien que vous n’en êtes pas infesté, sinon appelez vite notre numéro vert 00 221 45554342332 (53€/mn) pour une dépékinisation en ligne.
Bref dans l’hilarité générale, merci à nos sponsors Carambar et hublokifui, il nous aura fallu quatre jours de près musclé (traduction pour non marins : plein de vent et de vagues dans la gueule) pour arriver au Cap Vert. C’était bien de naviguer, un bon rodéo, et c’est bien aussi quand ça s’arrête. Antoine et Solène sont arrivés aussi après une traversée encore plus humide qu’ils ne manqueront pas de raconter sur leur blog.
Nous voilà donc dans un nouveau pays plein de gens à l’air sympathique, de vent à décorner les beaufs et une eau transparente avec plein de les poissons dedans. C’est dingue il y en a même qui volent !

Bref, on le dira jamais assez : la plaisance c’est le pied !






